La FEB a interrogé 25 figures clés issues du monde entrepreneurial et politique belge sur l’impact de 25 moments charnières sur notre évolution économique. Ancien chef de cabinet du Premier ministre Guy Verhofstadt, Wouter Gabriëls se penche sur le Pacte de solidarité entre les générations.

Texte

Le Pacte de solidarité entre les générations a marqué le début d’une rupture de tendance

Pendant les premières années du nouveau millénaire, « l’État-providence actif » a constitué le ciment socio-économique entre les libéraux et les socialistes dans les deux gouvernements fédéraux violets dirigés par le Premier ministre Guy Verhofstadt. Le Pacte de solidarité entre les générations a joué un rôle majeur dans ce contexte. 

« Grâce à ce pacte, le gouvernement fédéral violet (socialistes et libéraux, complétés par les verts dans le premier gouvernement) voulait remédier au faible taux d’emploi des plus de cinquante ans et aux coûts croissants du vieillissement. » C’est ce qu’affirme Wouter Gabriëls, chef de cabinet du Premier ministre Guy Verhofstadt à l’époque. Il a assisté à la conclusion du Pacte des générations en première ligne. Il souligne que le projet était porté par la prise de conscience de la nécessité d’un changement

Les données relatives au marché du travail étaient éloquentes : année après année, on constatait que la Belgique était en queue des classements européens consacrés à l’emploi des personnes de plus de cinquante ans. Notre pays avait trop de formules de pension anticipée. Il fallait que cela change.

Au sein du gouvernement fédéral, des groupes de travail se sont mis à l’œuvre à partir de 2003. Ils ont pris de la vitesse après les élections parlementaires des entités fédérées en 2004. En Flandre, le cartel entre le CD&V et la N-VA a gagné les élections et la coalition fédérale violette a senti qu’elle devait se ressaisir.

En coulisses, l’impulsion venait surtout des cabinets de l’Emploi, dirigés par les ministres sp.a Frank Vandenbroucke et ensuite Freya Van den Bossche, et du cabinet du Premier ministre. À partir de mars 2005, les négociations formelles ont débuté avec les partenaires sociaux. 

Éléments
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Homme âgé d'environ 50 ans en train de travailler
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Carrousel de concertation

Ce fut le début d’un carrousel de négociations de plusieurs mois. Les discussions ont nécessité beaucoup de temps et d’énergie et se sont révélées frustrantes par moments. Mais c’était aussi la seule manière possible. 

Pour déclencher une rupture de tendance et constituer une assise propice aux réformes, il fallait un accord avec les partenaires sociaux. Un accord avec les syndicats pour leur faire comprendre que l’allongement des carrières était nécessaire au financement de la sécurité sociale. Mais aussi un accord avec les employeurs. 

En septembre 2005, le Premier ministre Verhofstadt a repris le dossier à son compte. Il a tenu des réunions privées avec le président de la CSC Luc Cortebeeck et le président de la FEB Luc Vansteenkiste pour régler les difficultés. La veille de sa déclaration politique, le 11 octobre à la Chambre, Guy Verhofstadt a finalisé le pacte de solidarité entre les générations. C’est la première fois que le grand public entendait le nom de ce pacte. 

Les grands axes en sont le relèvement des limites d’âge et des conditions d’accès à la prépension, et l’approche de la pseudo-prépension.

Au total, le pacte de solidarité entre les générations comprend 60 mesures politiques, ainsi que des dossiers « complémentaires », comme l’adaptation des allocations sociales au bien-être, la promotion des emplois jeunes par une réduction des charges, le financement alternatif de la sécurité sociale (via les accises sur le tabac) et la création obligatoire d’une cellule de remise à l’emploi dans les entreprises en restructuration. Cette portée très étendue a soulevé beaucoup d’opposition.

Quote

Le démantèlement de la retraite anticipée était tellement radical qu’il était impossible que le gouvernement le réalise seul

Auteur
WOUTER GABRIËLS, ANCIEN CHEF DE CABINET DU PREMIER MINISTRE GUY VERHOFSTADT
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Revirement politique

Avec le recul, le pacte de solidarité entre les générations a-t-il constitué un grand pas ? « Au début, les critiques étaient nombreuses. Lors de l’application dans les secteurs, les syndicats ont réussi à ralentir le relèvement de l’âge de la prépension. D’autres pensaient, à juste titre, que le démantèlement des formules de pension anticipée n’était pas assez rapide. » Mais à plus long terme, le nombre de prépensions a effectivement baissé et le taux d’emploi des personnes de plus de cinquante ans a effectivement augmenté.

Comment l’expliquer ? Le pacte de solidarité entre les générations a marqué le début d’un revirement politique irréversible.

Il a amorcé une rupture de tendance.
 

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