2020. La FEB fête ses 125 ans et Bart De Smet, CEO de l’assureur Ageas, en devient le nouveau président. Avec l’administrateur délégué Pieter Timmermans, il constitue le tandem qui conclut une nouvelle alliance avec les parties prenantes. L’objectif est de ramener notre pays dans le top cinq des classements européens pertinents. Le magazine REFLECT de la FEB les a interrogés sur leur vision, leurs pistes de réflexion et leurs priorités. Découvrez ci-dessous les questions clés qui leur ont été posées. 

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Dubbelinterview met Pieter Timmermans, Bart de Smet door Johan Van Praet
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Énergie et climat vont de pair. Les entreprises croient-elles assez dans les opportunités économiques qu’offre le changement climatique ?

PT : « Certainement. Mais nous valorisons trop peu ce dont nous sommes capables et ce que nous faisons. Petites et grandes entreprises doivent beaucoup plus faire connaître leurs innovations durables. Le souci du climat a été transposé en actes concrets bien avant que les jeunes ne manifestent en masse. Le monde des entreprises met tout en œuvre pour atteindre les objectifs européens 2030. En faisant la grève pour participer à la marche pour le climat, on impute le problème aux entreprises, alors qu'elles sont en fait une partie de la solution. Les entrepreneurs sont des pionniers de la transition, pas des suiveurs. Il va de soi que la Belgique ne résoudra pas la problématique climatique mondiale, mais nous pouvons proposer des outils pour parvenir à des solutions. »

BDS : « Saviez-vous que la Chine fait appel à la technologie et au savoir-faire belges pour épurer ses eaux ? Nos entreprises développent des solutions innovantes, mais font effectivement trop peu connaître leurs forces et leur potentiel. »

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Il semble que les groupements thématiques, comme 'Sign for my Future', Ringland, etc., qui se concentrent sur un thème unique ont de plus en plus d'influence sur les perceptions. 

BDS : « L’énergie et le climat sont des discussions tout en nuances. Il ne s’agit pas simplement d’être ‘pour ou contre’, c’est une recherche de solutions ambitieuses, mais réalisables. De plus, toutes les branches de l'industrie ne disposent pas des mêmes possibilités. Stigmatiser les entreprises qui ne sont qu’au début de la transition les démotivera au lieu de les stimuler. Est-ce ce que nous voulons ? »

PT : « Les groupements thématiques ont le mérite de mettre en exergue des problèmes spécifiques. Mais il ne faut pas perdre de vue la nuance, les faits objectifs. Un exemple : la suppression de 300.000 voitures de société – sur 5,6 millions d’autos dans notre pays – ne résoudra pas le problème des embouteillages. En revanche, si l’on retire de la circulation les 300.000 voitures les plus polluantes, on enregistre des progrès à la fois pour la mobilité et sur le plan écologique. Mais la perception négative continue à nous jouer des tours.»

BDS : « Nous devons être conscients que les entreprises peuvent beaucoup, mais qu’elles ne peuvent pas tout résoudre. C’est l’effort global qui compte, la responsabilité collective. Pour cela, nous avons besoin du soutien de chacun. Chacun doit contribuer aux charges et aux coûts de la transition vers une société plus durable et plus respectueuse du climat. »

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Pieter Timmermans
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Le monde politique belge s’accorde sur un point : il faut augmenter le taux d’emploi.

PT : « La compétitivité génère de l’emploi. Mais pour pourvoir ces nouveaux emplois, il faut activer toute la main-d’œuvre disponible. D’où la nécessité d’un modèle intégré dans lequel les efforts fédéraux et régionaux se complètent et se renforcent mutuellement. Les ministres-présidents ont raison quand ils affirment qu’ils ont besoin d’un accord gouvernemental fédéral fort pour pousser le taux d’emploi à la hausse. Les premiers pas ont été faits ces cinq dernières années avec la création de 300.000 emplois, mais il y a quelques difficultés à les pourvoir. Les sources de main-d’œuvre classiques tendent à s’épuiser et il faut donc stimuler les centaines de milliers de talents ‘cachés’.»

BDS: « Il est important d'orienter les jeunes et les demandeurs d'emploi vers les domaines où la demande est ou deviendra aiguë. Je pense à l'enseignement, au secteur des soins, aux métiers STIM (Science-Technologie-Ingénierie-Mathématiques), à l'industrie manufacturière... Il faut aussi réaliser un meilleur équilibre entre vie privée et travail et surtout augmenter la tension entre le travail et l'inactivité. Plus il y aura de personnes qui travaillent, plus les recettes de la sécurité sociale augmenteront et plus la pension pourra être élevée. »

PT : « Tous les obstacles ont été identifiés. Comment les responsables politiques, les partenaires sociaux, les employeurs… vont-ils s’attaquer concrètement au défi du taux d’emploi ? Les titres-services sont sous pression, l’organisation de l’accueil des enfants dans les entreprises suscite peu la confiance… J’observe encore trop de syndicalisme de ‘statu quo’ et trop peu d’optimisme du progrès. »
 

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Faut-il à notre pays une vision, une réflexion à long terme, un master plan ?

BDS : « Une entreprise qui veut rester dans la course se projette dans l’avenir et élabore, sur la base de cette vision d’avenir, des plans d’action concrets à trois ou cinq ans au moins. Notre pays a besoin de choix politiques énergiques, tournés vers l’avenir et intégrés en matière d’énergie, de mobilité, d’organisation du marché du travail, de migration… Je mets l’accent sur le mot ‘intégré’ parce que tous les chantiers sont reliés entre eux. La complexité de notre structure étatique ne facilite pas cette intégration, mais un peu plus d’ambition collective serait bienvenue. Je me demande parfois si la Belgique a un master plan. »

PT : « Les nouvelles vision et mission de la FEB sont claires : l'entrepreneur est au centre. Nous nous devons d'être au maximum à son service. Nous le ferons dans le souci de répondre à ses attentes et non pour des raisons institutionnelles ou autres motifs liés aux compétences. Notre agenda ne sera pas dicté par un problème politique. Nous mettrons en avant les thèmes qui préoccupent réellement les entrepreneurs, quel que soit le niveau de compétence politique. Pour chaque thème, nous réunirons tous les partenaires pertinents – la ‘coalition of the willing’ – pour trouver des solutions ensemble. »

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Quelle est la position des employeurs face aux nouveaux accents posés par l’Europe, comme le Green Deal et l’Agenda numérique ?

PT : « En tant qu’organisation patronale, nous nous inscrivons dans l’approche de BusinessEurope qui représente les entreprises au niveau européen. Nous plaidons pour un progrès réaliste. Cela n’a aucun sens d’imposer un objectif dont on sait qu’il est irréalisable. Il est préférable de fixer des objectifs intermédiaires propres à motiver les entreprises à se mettre au travail. »

BDS : « Chacun est d’accord sur l’orientation générale, mais il y a encore du pain sur la planche pour faire évoluer toutes les parties de la même manière dans cette direction. C’est pourquoi des points de mesure intermédiaires sont importants. À chacun d’entre eux, on enregistre un résultat. Cela stimule la motivation et alimente une dynamique positive. »

PT : « Le meilleur exemple est la discussion sur la suppression de la voiture de société. Quand on a compris que l’attaque frontale coûterait de l’argent à chacun, le rejet a augmenté. Si l’on s’était plutôt concentré sur le verdissement progressif du parc de voitures de société comme première étape vers une solution plus favorable au climat et à la mobilité, on aurait réduit l’opposition et on aurait sans doute plus progressé en cinq ans qu’on ne le fera jamais. »
 

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Bart de Smet
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Comme nouveau président de la FEB, vous voulez adopter une attitude plus offensive…

BDS : « Aujourd'hui, les entreprises sont accusées de tous les péchés d'Israël. On dirait que la société ne croit plus dans la force des entreprises. Nous nous sommes laissé pousser dans une position défensive. Nous devons renverser la tendance et ne pas nous laisser guider par cette perception négative. Les grands défis sociaux et environnementaux retiennent toute notre attention. Ils incitent les entreprises et leurs fédérations à s’interroger sur leur rôle vis-à-vis de la société. Les employés recherchent un travail porteur de sens et en accord avec leurs valeurs. Le consommateur est en demande de produits et services durables provenant d’une chaîne de valeur transparente. Les actionnaires veulent garantir la pérennité de leur activité. Cela impose aux entreprises de repenser leur stratégie, leur gouvernance et leurs investissements pour continuer à créer de la valeur pour la société. En tant que compagnon de route de toutes les entreprises, la FEB montrera que les entreprises sont elles aussi des ‘fournisseurs de solutions’ face aux défis sociétaux actuels et futurs, qu'elles sont le moteur d'un progrès durable. »

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La FEB a 125 ans. Où rêveriez-vous de la voir figurer en 2050 ?

BDS : « Je ne veux pas tomber dans le piège des visions à très long terme, car elles se révèlent vite trop abstraites et peu opérationnelles. Il m’est impossible de prévoir à quoi ressemblera le monde dans 30 ans. Je crois par contre que les entreprises seront plus que jamais le moteur de la prospérité de notre pays et que nous pouvons ramener la Belgique dans le top cinq des classements européens pertinents – et non du classement de la pression fiscale. »

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