La FEB a interrogé 25 figures clés issues du monde entrepreneurial et politique belge sur l’impact de 25 moments charnières sur notre évolution économique. Melchior Wathelet, ancien secrétaire d’État à l'Environnement, à l’Énergie, à la Mobilité et aux Réformes institutionnelles, se penche sur la sixième réforme de l’État.

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Octobre 2011. Un accord institutionnel entérine la sixième réforme de l'État. Un gouvernement tripartite dirigé par Elio Di Rupo (PS) voit le jour au terme de 541 jours de crise. Il sera consacré aux problèmes socioéconomiques. Le gouvernement se met au travail. Son secrétaire d’État aux Réformes institutionnelles Melchior Wathelet (cdH) prépare les textes d’application de la réforme en tandem avec son collègue néerlandophone Servais Verherstraeten

La réforme était inévitable dans le contexte politique de l’époque. Il fallait trouver une solution pour sortir de la crise. Le calendrier politique était là. Il y avait un momentum. La réforme a permis de franchir un cap et d’apaiser les relations. BHV n’est depuis lors plus un sujet politique. Ce qui a déclenché la crise (puis la réforme)? La problématique de la scission de l’arrondissement judiciaire Bruxelles-Hal-Vilvorde et le fait que la N-VA était absente du débat. 

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2012: Servais Verherstraeten (secrétaire d’État à la réforme de l’État) et Melchior Wathelet  - « Bien sûr qu’il y aura une 7e, 8e, 9e, 10e réforme de l’État. Ce sont des étapes inhérentes à chaque pays. »
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©belga | 2012 : Servais Verherstraeten (secrétaire d’État à la réforme de l’État) et Melchior Wathelet - « Bien sûr qu’il y aura une 7e, 8e, 9e, 10e réforme de l’État. Ce sont des étapes inhérentes à chaque pays. »
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Le système n’est pas plus compliqué que par le passé. Mais les facteurs de complexité se sont déplacés.

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MELCHIOR WATHELET, ANCIEN SECRÉTAIRE D’ÉTAT À L'ENVIRONNEMENT, À L’ÉNERGIE, À LA MOBILITÉ ET AUX RÉFORMES INSTITUTIONNELLES
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Un large compromis 

Comme tous les textes politiques en Belgique, la 6e réforme de l’État est le fruit d’un large compromis. Referais-je la réforme de la même manière si j’étais seul à décider ? Probablement pas. Cela ne veut pas dire que je la ferais mieux qu’un autre. Je trouve un peu dommage que le centre de gravité ne se situe plus au fédéral. Sans que l’on sache exactement où il s’est déplacé. 

N’a-t-on pas construit une « usine à gaz » encore plus grosse qu’auparavant ? Je ne le pense pas. Il y a toujours des gens qui voudront davantage de cohérence. La seule manière de rendre les compétences plus homogènes, c’est de tout refédéraliser ! Le système n’est pas plus compliqué que par le passé. Mais les facteurs de complexité se sont déplacés. 

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Un pays magique

Bien sûr qu’il y aura une 7e, 8e, 9e, 10e réforme de l’État. Ce sont des étapes inhérentes à chaque pays. Une nation est en perpétuel mouvement. Si elle ne se transforme pas, elle meurt. Il faudrait cependant permettre que la 6e réforme fasse ses preuves. Or le nouveau modèle n’a pas encore atteint sa maturité. La loyauté fédérale et les accords de coopération représentent des mécanismes qui fonctionnent dans un État fédéral à condition que tout le monde s’entende et joue le jeu.

Il fallait bien à un moment donné trouver un accord, former un gouvernement et garantir la stabilité. Nous avons connu la plus longue période sans gouvernement du monde entier. Cela n’a pas empêché le pays de continuer à fonctionner. La Belgique est un pays magique !

Quelles leçons tirer de ces 541 jours de crise ? J’ai surtout appris à relativiser la notion d’objectivité. Une personne peut être de bonne foi même si on n’est pas d’accord avec elle. Ce n’est qu’en s’efforçant de comprendre les difficultés de l’autre que l’on peut entamer une discussion saine. Les divergences d’opinions sont inhérentes à tout système politique démocratique. Ce qui était fabuleux dans la négociation (aussi bien au sein du cabinet de Servais Verherstraeten que du mien), c’est qu’il n’y a jamais eu de faille dans la volonté d’aboutir. Personne ne voulait que la situation pourrisse.

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