La FEB a demandé aux Premiers ministres des 25 dernières années comment ils ont vécu le débat sociétal. Guy Verhofstadt se penche sur la concertation sociale.

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Mon attitude vis-à-vis de la concertation sociale a évolué. La concertation sociale est un marathon, pas un sprint. Les responsables politiques et les partenaires sociaux doivent réinventer leurs rôles.

Avec la loi sur l’euthanasie et le mariage des homosexuels, mon premier gouvernement a surtout marqué un tournant éthique. Il a également géré un autre dossier tout aussi important : le plan Copernic pour la réforme de la police et de la fonction publique. Mon deuxième mandat fut dominé par les réformes socio-économiques, qui se sont notamment traduites dans le Pacte de solidarité entre les générations, la déduction des intérêts notionnels, des impôts moins élevés pour les actifs et les entreprises…

Sur tous les grands dossiers, nous avons discuté avec les dirigeants syndicaux et patronaux. Mon cabinet leur était facilement accessible. Aux moments cruciaux, le Premier ministre est en contact avec le Groupe des Dix. Les relations quotidiennes passaient par les ministres de l’Emploi.

Nous avons connu des moments de conflit, mais nous avons aussi conclu des accords. Beaucoup s’en étonnaient : après des décennies de domination des chrétiens-démocrates et des socialistes, la société civile retenait son souffle face à un gouvernement conduit par un libéral. Cette inquiétude s’est vite révélée sans fondement.

Le dossier le plus difficile fut celui de l’allongement de carrière et de la prépension. Dans notre pays, le principe de l’allongement de la carrière était contesté depuis longtemps. Heureusement, l’esprit du temps a changé. Je suis fier du Pacte de solidarité entre les générations que nous avons conclu après une concertation délicate. Il a tracé la tendance pour nos successeurs. Nous avons manié la carotte et le bâton, avec des mesures comme le relèvement de l’âge de la prépension, le bonus pension, les cellules pour l’emploi et le bonus accordé à ceux qui acceptent un nouveau travail.

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Une évolution ?

La concertation sociale a-t-elle évolué ? Les méthodes sont stables. Un accord avec les partenaires sociaux est un accord : c’est immuable. Certains sont arrachés de haute lutte, d’autres ne sont pas des prix de beauté, mais il s’agit toujours d’un accord.

J’ai beaucoup appris. Il faut entre autres se protéger de trop grands chocs. La concertation sociale est un marathon, pas un sprint. Le FMI en a aussi fait l’expérience dans les années 1990 : les idées ont beau être nobles et justes, si elles sont exécutées et imposées dans la précipitation, elles ne passent pas. Vous trouvez peut-être que j’ai une attitude bien volontariste pour un libéral. Il n’en est rien. En tant que libéral, je mesure bien ce que les pouvoirs publics demandent au contribuable et je suis donc conscient que ces pouvoirs publics ont des obligations qu’ils devront également honorer dans le futur. On ne peut changer ce type de contrats d’un claquement de doigt, ce qui n’est pas une excuse pour ne rien changer du tout.

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Dans notre pays, le principe de l’allongement de la carrière était contesté depuis longtemps.

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GUY VERHOFSTADT
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Mon attitude vis-à-vis de la concertation sociale et des partenaires sociaux a-t-elle changé ? Oui, je l’avoue. Je continue à croire dans la primauté de la politique. La société civile peut et doit avoir une voix, mais la décision finale appartient au Parlement et au gouvernement. Lorsque j’étais Premier ministre, j’ai toujours eu un Groupe des Dix qui fonctionnait et qui – malgré les intérêts opposés – collaborait de manière constructive en faisant progresser la société. Je n’ai donc jamais éprouvé le besoin de chambouler le fonctionnement de la concertation sociale.

Le défi pour la prochaine génération est de taille. La politique a changé de visage au cours de la dernière décennie – notamment sous l’influence des réseaux sociaux. La sagesse politique et les compromis sont ringards et ennuyeux ; les conflits, les bagarres et les grands cris se portent mieux. On peut s’en plaindre, mais c’est la réalité. Les politiciens cherchent à définir leur nouveau rôle. Les partenaires sociaux doivent aussi trouver leur place dans ce nouveau monde. 

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