La FEB a demandé aux Premiers ministres des 25 dernières années comment ils ont vécu le débat sociétal. Elio Di Rupo évoque le nouveau départ de la Belgique après la longue crise politique de 2011. 

Éléments
Image
Drapeau de la Belgique
Description
©shutterstock
Type
As List
Texte

Novembre 2011. La plus longue crise politique vécue jusqu’alors par un État européen est sur le point de s’achever. Il aura en effet fallu 541 jours pour parvenir à un accord entre le Nord et le Sud d’un pays profondément déstabilisé par la percée des indépendantistes flamands.

Le 6 décembre 2011, à la tête d’une coalition regroupant socialistes, sociaux-chrétiens et libéraux, je prête serment devant le Roi. Pour ce nouveau gouvernement, le temps est compté : à peine deux ans et demi avant les prochaines élections, en 2014. Il va falloir non seulement mettre en œuvre la 6e réforme de l’État – transférant de très importantes compétences aux entités fédérées – et scinder l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde, principale cause de la crise politique et institutionnelle, mais aussi rédiger une nouvelle loi spéciale de financement et gérer les conséquences de la crise économique et financière. Si je prends les commandes, c’est en outre avec la ferme volonté de relancer le pays et de soutenir le pouvoir d’achat des citoyens, en commençant par ceux qui ont le plus souffert de la crise. 

La Belgique, après un an et demi sans gouvernement, est fragilisée : la confiance des marchés est ébranlée, la note du pays a été dégradée, les taux d’intérêt belges se sont envolés, le différentiel de taux (le « spread ») avec l’Allemagne s’est creusé et nous sommes, depuis 2009, sous la menace de sanctions européennes pour déficit excessif.

Éléments
Image
Elio Di Rupo
Description
©belga
Type
As List
Quote

 Les six partenaires de la coalition rouge-orange-bleue se sont entendus pour combiner sérieux budgétaire, renforcement du pouvoir d’achat des citoyens et mesures de relance de notre économie

Auteur
ELIO DI RUPO, ANCIEN PREMIER MINISTRE
Texte

La recette belge

Si la négociation a été aussi longue, c’est notamment parce qu’elle a été très approfondie, débouchant sur un accord de gouvernement précis et minutieux. Les six partenaires de la coalition rouge-orange-bleue se sont entendus pour combiner sérieux budgétaire, renforcement du pouvoir d’achat des citoyens et mesures de relance de notre économie. 

Concilier l’inconciliable, c’est notamment réaliser un indispensable assainissement budgétaire (22 milliards d’euros !) tout en apportant un soutien vigoureux à la population et aux entreprises. Une partie de l’effort viendra du budget de l'État, de la sécurité sociale et des effets des réformes structurelles. Une autre partie, substantielle, proviendra de la lutte contre la fraude et de la taxation des revenus du capital. De cette manière, nous avons limité les mesures touchant les entreprises pour qu'elles restent le substrat de la création de richesse. Nous avons aussi et surtout préservé la justice sociale et permis à la Belgique de mieux s’en sortir que la toute grande majorité des pays européens. 

La compétitivité des entreprises est relancée par une mesure phare : la réduction des cotisations sociales pour les cinq premiers travailleurs engagés. C’est aussi au cours de cette législature qu’aboutiront deux projets fondamentaux pour les travailleurs. Le premier, relatif à l’harmonisation des statuts des ouvriers et des employés, est concrétisé avec l’aide des partenaires sociaux… au terme de vingt années de discussions. Le second porte sur l’octroi des mêmes droits et avantages aux indépendants et aux salariés. Je tiens ici à souligner la très bonne relation nouée avec les partenaires sociaux, en particulier les membres du Groupe des 10.

Au moment où je cède mon poste de Premier ministre, fin 2014, notre pays a mieux traversé la crise que ses voisins, s'est réformé en profondeur et a retrouvé un élan. Pour les investisseurs, la Belgique est redevenue un pays stable au cœur de l'Europe.

0