La FEB a demandé aux Premiers ministres des 25 dernières années comment ils ont vécu le débat sociétal. Charles Michel se penche sur le programme socio-économique de sa coalition suédoise.

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Octobre 2014. Sans cesse interrompu par les huées d’une partie de l’opposition francophone, je prononce ma première déclaration gouvernementale devant le Parlement. À l’époque, on nous appelle « la coalition kamikaze ». Mais le nom de « Suédoise » l’emportera avec son leitmotiv « Jobs, jobs, jobs ».

En 2014, cinq mois ont suffi pour constituer le gouvernement probablement le plus imprévu de l’après-guerre. Trois partis flamands – la N-VA, le CD&V et l’Open Vld – et un seul parti francophone – le MR – ont lancé un projet avec moi-même comme premier Premier ministre libéral francophone depuis Paul-Émile Janson.

Baptisé « Coalition suédoise », le gouvernement Michel se verra aussi attribuer par la presse le surnom de « coalition kamikaze ». Celui-ci vient du fait qu’il s’agit d’une coalition qui, pour la première fois au niveau fédéral, fait alliance avec la N-VA, est asymétrique et exclut les socialistes. Les syndicats manifestaient déjà avant le début de la législature. Les entreprises soulignent le caractère indispensable de réformes socio-économiques pour améliorer notre compétitivité et moderniser notre marché du travail. L’objectif ultime du gouvernement consiste à mettre plus de gens au travail.

Comme toujours, l’agenda du gouvernement est également déterminé par l’actualité. Les structures de sécurité de notre pays ont été fondamentalement adaptées aux besoins modernes à travers plus de moyens et un arsenal législatif plus efficace. Les attentats du 22 mars 2016 nous ont contraints à prendre une série de mesures courageuses. 

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Mais qui renferment un dé formant le mot "Job"
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Une série de mesures veillent à donner plus d’oxygène aux entreprises pour qu’elles puissent investir et engager davantage. 

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CHARLES MICHEL, ANCIEN PREMIER MINISTRE
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Réformer pour croître

Le programme socio-économique du gouvernement reste toutefois le premier défi de la Suédoise. Le gouvernement mise d’emblée sur la création d’emplois. Le slogan « Jobs, jobs, jobs » devient notre obsession. 

En 2014, notre pays ne peut se permettre une nouvelle crise institutionnelle. Les quatre partis ont donc convenu de ne pas mener de réforme de l’État, car la priorité était ailleurs. La Belgique devait d’urgence mettre davantage de gens au travail pour pérenniser le financement de notre protection sociale. Il nous fallait plus d’emplois pour supporter les coûts croissants du vieillissement.

Pour améliorer le taux d’emploi, bien trop bas en Belgique au regard de la moyenne européenne, nous avons décidé de relever progressivement l’âge de la retraite à 67 ans. Dans le même temps, nous avons porté la pension minimum des indépendants au niveau de celle des salariés.

Une série de mesures veillent à donner plus d’oxygène aux entreprises pour qu’elles puissent investir et engager davantage. 

La pièce maîtresse est une vaste réforme de l’impôt des sociétés. Pour la première fois, le taux de l’impôt des sociétés est passé de 33 % à 29 %, puis à 25 % en 2020. Pour les PME, le taux a été d’emblée ramené à 20 % pour la première tranche de 100.000 EUR. La cotisation complémentaire de crise aura totalement disparu en 2020.

En 2019, les résultats des réformes sont manifestes : selon Statbel, 71 % des personnes de 20 à 64 ans sont au travail. C’est le taux le plus élevé jamais atteint dans notre pays. 

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Charles Michel
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Augmentation du pouvoir d’achat

Dès le conclave budgétaire de juillet 2015, le gouvernement décide de lancer une vaste réforme fiscale, connue sous la dénomination de tax shift. Il s’agit d’un glissement fiscal de l’impôt des personnes physiques vers une fiscalité davantage liée aux autres revenus et modes de consommation (carburant, boissons alcoolisées, tabac, etc.).

Notre objectif était de donner davantage de justice fiscale à nos concitoyens en augmentant leur salaire-poche, de manière à relancer le pouvoir d’achat et l’emploi. Les bas et moyens revenus ont ainsi vu leur salaire augmenter de plus de 100 EUR nets par mois en moyenne, l’équivalent d’un treizième mois.

Tout au long de la législature, une question a été récurrente : celle de l’assainissement des finances publiques. Le déficit a diminué fortement grâce notamment aux nombreux emplois créés.

La relance de l’économie et de l’emploi passe également par le renforcement des investissements en Belgique. Notre objectif a été de mobiliser 60 milliards EUR publics et privés sur des projets ciblés et stratégiques dans trois secteurs clefs : l’agenda digital, la mobilité́ et l’énergie.

Les premiers pas nécessaires ont été faits pour amorcer ici aussi une rupture de tendance. 
 

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