La FEB a interrogé 25 figures clés issues du monde entrepreneurial et politique belge sur l’impact de 25 moments charnières sur notre évolution économique. Catherine De Bolle, ancienne commissaire générale de la Police fédérale belge, se penche sur la menace terroriste qui pèse sur notre pays.

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Depuis les événements de Verviers, la vie des policiers est aussi en jeu en Belgique.

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CATHERINE DE BOLLE, ANCIENNE COMMISSAIRE GÉNÉRALE DE LA POLICE FÉDÉRALE BELGE
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Verviers. Liquidation de la cellule terroriste. C’est à ce moment précis que l’ère du terrorisme a commencé. Jusque-là, les tirs étaient l’exception. Depuis le 15 janvier 2014, ce n’est malheureusement plus le cas. Nous devons régulièrement prendre les armes pour survivre. Tels sont les propos de Catherine De Bolle qui, au moment des faits, était commissaire générale de la police belge. Depuis mai 2018, elle s’occupe de la même matière à La Haye au quartier général d’Europol, la plateforme de collaboration des services de police de l’UE. Elle y est directrice.

Il y a un avant et un après-Verviers. Depuis le 15 janvier 2014, nous sommes conscients que des attentats peuvent aussi être commis ici à tout moment. Et les membres de la police savent que la mort les guette à chaque coin de rue. L’attaque de Liège en 2018 l’a confirmé : deux agents de la circulation ont alors été attaqués par derrière et tués. 

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Hallucinant

15 janvier 2014, je devais suivre nos forces spéciales qui allaient démanteler la cellule terroriste de Verviers après une longue préparation. Nous avions l’habitude de surprendre les suspects avec un grand nombre de forces spéciales de manière à ce qu’ils n’aient plus qu’à sortir les mains sur la tête. Rien de cela, cette fois-ci. Nos hommes ont subi un feu nourri d’armes automatiques. 

À Verviers, nous sommes entrés dans un autre monde : pour la première fois, la vie des assaillants était en jeu. Cet événement nous a appris qu’à cause de longues années d’économies, nous n’étions pas équipés pour ce travail. Nos unités spéciales travaillaient avec des armes que les Pays-Bas n’utilisaient plus depuis des années. Le ministre de la Sécurité et de l’Intérieur, Jan Jambon, est venu voir et nous avons ensuite pu investir, en commençant par les unités spéciales terrorisme et cybercrime.

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politieagent en een soldaat voor het station Brussel-Centraal
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Partage de l’information

Depuis lors, le gouvernement est impliqué directement grâce à la création du Conseil national de sécurité dans lequel Premier ministre et vice-Premiers ministres jouent un rôle important. L’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (OCAM) détermine le niveau de menace, le Conseil de sécurité définit la manière de réagir. Il s’appuie sur le Comité stratégique du renseignement et de la sécurité et sur le Comité de coordination du renseignement et de la sécurité.

L’échange de données a également évolué. Depuis lors, la police fédérale, la Sûreté de l’État, l’armée, l’Intérieur, le parquet général et le centre de crise du gouvernement doivent mettre leurs données sur la table et décider ensemble ce qu’on en fait.

Une évolution semblable s’est produite au niveau international. Jusque-là, chacun avait toujours un argument pour ne pas partager son information : l’intérêt national, la protection de la source… Désormais, il est convenu que toutes les informations sont partagées avec Europol, toutes les unités antiterroristes européennes et Interpol. Nous en avons déjà tiré de nombreux bénéfices. Dans mon job actuel, je dois rendre compte au Parlement européen et aux parlements nationaux et leur signaler les services qui respectent les accords et ceux qui ne le font pas.

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L’insécurité déstabilise

Je suis convaincue que les employeurs et la FEB ont apporté un soutien. Mais il était presque imperceptible. Les employeurs comprennent mieux que quiconque que l’insécurité déstabilise l’économie. Ils mesurent à quel point les investissements en matière de sécurité sont nécessaires. Cependant, ils ne communiquent pas directement avec nous à ce sujet, mais avec les responsables politiques. Je pense que cela nous a beaucoup aidés et nous aide encore, même si nous ne le percevons pas directement.

Depuis que nous sommes entrés dans l’ère du terrorisme, les entreprises nous posent de nombreuses questions. Comment enquêter sur les antécédents du personnel ? Que faire face aux formes lourdes de radicalisation ? Nous nous réjouissons de ces interrogations et nous y répondons. Les bourgmestres jouent aussi un rôle essentiel. Ils peuvent veiller à une approche intégrée au niveau local.

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